VE2TA au MONT ORFORD propriété du C.R.A.E. Inc.
Un peu d'historique de VE2TA d'après VE2AIK
La préparation de ce réseau m'a incité à faire une recherche sur les premiers
répéteurs au Québec. Voici ce que j'ai trouvé. Ces informations proviennent du
club de Granby. Tout d'abord, VE2TA. John Miller, le premier VE2TA, était un
amateur bien connu de la région de Montréal, étant très actif au sein des
différents clubs de langue anglaise tel le MARC. C'était une famille de radio
amateurs, son fils était VE2BN, qui est maintenant domicilié en Australie sous
l'indicatif VK4BN, et une de ses filles est par la suite devenue VE3.
John Miller était aussi le beau-père de Seymour Epstein, VE2TT. Au décès de
VE2TA, Seymour et son frère Murray, VE2AUU, décidèrent de perpétuer sa mémoire
en donnant son indicatif à un répéteur. Si ma mémoire est bonne, Seymour était
un consultant employé par Power Corporation. Cette compagnie était propriétaire
de la station de télévision CHLT de Sherbrooke dont l' antenne de transmissions
était installée au sommet du Mont Orford. Seymour aurait donc obtenu des
autorités du poste CHLT, l'autorisation d'installer un répéteur amateur dans
leurs installations`du mont Orford.
Le 7 juin 1967, lors d'une assemblée du club de radio de Granby, Jean-Paul
Meunier, VE2BMJ avait discuté du projet d'installation d'un répéteur sur le Mont
Orford, qui utiliserait la bande de 2 mètres et qui pourrait couvrir 150 milles
à la ronde. On pourrait compter sur une centaine de membres et le tarif fixé
pour en faire usage serait de 5.00$ par année. Les dépenses de mise en service
pourraient atteindre la somme de 100.00$. L'acceptation de ce projet est
proposée par Jean-Jacques Beaudry, VE2BLP et secondée par Jean Pépin, VE2NT.
Au mois d'août 1967, VE2AUU qui était alors chef coordonnateur national de
l'AREC (Amateur Radio Emergency Corp), avait été invité à rencontrer les membres
du club de radio de Granby à cet effet. Des membres des clubs de Trois-Rivières,
Québec et Sherbrooke assistaient également à la réunion.
L'antenne servant à la retransmission par la station relais atteindrait une
hauteur de 50 à 60 pieds au dessus du sommet du mont Orford, celui-ci se situant
déjà à une altitude de plus de 3000 pieds au dessus du niveau de la mer. VE2BMJ
serait responsable de la station. Des stations semblables à celle que voulait
installer le club de Granby existaient alors à Québec, VE2OM, Montréal VE2MT et
Trois-Rivières VE2RTR dont Pierre Gélinas, VE2AGI était le titulaire. C'est le
club de Granby qui défraierait le coût de l'installation de la station relais
automatique.
Vu l'intérêt presque provincial que représentait l'installation de ce répéteur
sur le mont Orford, plusieurs amateurs de l'extérieur étaient présents à cette
rencontre. VE2YK de Sherbrooke dont je ne me souviens plus du nom, Murray
Epstein, VE2AUU de Chomedey, Pierre Gélinas, VE2AGI, Claude Dessurault, VE2AJD
et Léon Trépanier, VE2BVV, tous de Trois-Rivières, Jean Pépin, VE2NT de Bromont
et Paul Couture, VE2SS, de Sherbrooke. C'est précisément en l'honneur de ce
dernier qu'un répéteur de Sherbrooke portait cet indicatif.
L'équipement de transmission fut installé originalement dans le garage de
l'émetteur de la station de télévision CHLT sur le mont Orford, puis déménagé,
au cours de l'année 1968, dans son propre abri, une cabane de 4 par 4 par 8
pieds. La tour était une Beaty d'environ 30 pieds, qui ne put résister aux
hivers rigoureux du mont Orford et qui fut éventuellement remplacée par un
poteau de bois. Le rôle que Seymour Epstein et son frère Murray ont joué dans
cette installation fut probablement d'intervenir auprès des autorités de CHLT et
de Power Corporation pour obtenir les autorisations nécessaires, car il s'en est
fallu de peu pour que ce répéteur soit mis hors service tout de suite après sa
naissance.
En effet, le chef ingénieur de CHLT n'entretenait pas de très bonnes relations
avec les amateurs. Lors d'une visite au site de l'émetteur de télévision, il
avait vu dans le garage et sur le toit des équipements et des antennes qui
étaient loin de présenter l'apparence d'équipements commerciaux. De retour à son
bureau, il avait avisé les responsables du club de Granby d'avoir à enlever au
plus tôt ces équipements encombrants et de les faire disparaître de sur la
montagne. Comme les amateurs ne sont pas par nature des gens nerveux, les
responsables du club de Granby téléphonèrent immédiatement à Seymour Epstein,
qui a son tour donna un coup de téléphone à un officier supérieur de Power.
Notre ingénieur malcommode reçu à son tour un appel de ses grands patrons avec
l'ordre de laisser les amateurs tranquille, qu'ils avaient toutes les
autorisations requises pour installer dans le garage de CHLT les équipements et
les antennes qui étaient nécessaires à la mise en fonction du répéteur. Et VE2TA
put être sauvé.
En octobre 1969, pour accumuler des fonds pour l'entretien de VE2TA, une vaste
collecte fut lancée sur le répéteur et des certificats furent accordés à ceux
qui contribuèrent pour un montant minimum de 5.00$.
Le 4 février 1970, Jean-Guy Breton, VE2JB et André Deslandes, VE2AKX,
acceptèrent la responsabilité de l'entretien du répéteur. Se rendre sur la
montagne en hiver était toute une expédition. Un voyage en remonte-pente suivi
d'une bonne marche dans la neige jusqu'à la ceinture. Les bouteilles qui étaient
transportées au site n'étaient pas toujours des bouteilles à feu, mais plutôt
des 40 onces de bon vieux gin.
En mars 1970, Adéoda Lacasse, VE2ABO, fabriquait les pièces nécessaires à la
construction de nouvelles cavités. Donat Rivard, VE2BVR voyait à leur assemblage
et André Deslandes à la syntonisation.
La même année, Jacques Daigneault, VE2BIN et Adéoda Lacasse, VE2ABO
construisirent un nouvel édifice d'une grandeur incroyable de 6 pieds par 8
pieds. Un vaste salon, quoi! Sur le mont Orford, les cabanes construites par les
amateurs n'avaient pas de porte. En hiver, il y avait tellement de neige et de
glace sur la montagne qu'une porte aurait été inutile. A la place, de la porte,
on accédait à l'intérieur de la cabane par une trappe fixée sur le toit. J'avais
été visiter personnellement cette installation, ce qui m'avait permis d'admirer
le travail titanesque de tous ces amateurs que rien n'arrêtait.
Les antennes, car il y en avait deux, étaient montées sur un poteau de bois de
60 pieds de hauteur, gracieusement fourni par Hydro Québec. Comme le mont Orford
est plutôt rocheux, il n'était pas question de planter ce poteau dans le roc
solide. Pour le faire tenir debout, on avait du l'ancrer sur le côté d'un
promontoire rocheux à l'aide d'énormes ancrages fixés dans le roc. J'avais vu ce
poteau et les ancrages qui le retenaient lors de ma visite, et laissez moi vous
dire que ce n'était pas un travail d'amateurs. Encore moins pour des amateurs.
Quel travail de professionnels ces amateurs de Granby ont-ils dû faire pour que
ce répéteur devienne réalité et surtout pour qu'il continue de rayonner, de son
immense couverture, sur un territoire aussi vaste.
Concernant cet énorme poteau, une anecdote à ce sujet voudrait que, le transport
vers le haut du Mont Orford ne fut pas un pique nique. Il appert qu'un amateur
bien connu et très impliqué dans les opérations du club à Granby, Jean-Louis
Tétrault, VE2AFY avait offert au club de transporter le fameux poteau en haut de
la montagne. Jean-Louis était à cette époque propriétaire d'une compagnie qui
installait des annonces commerciales. Il était donc équipé de camions aptes à
effectuer ce transport.
Il assigne donc un chauffeur et un camion, on charge cet énorme et lourd poteau
dans le camion et on se met en route. Mais le chemin pour se rendre au sommet du
Mont Orford n'est pas une autoroute. A un certain endroit, on y côtoie un
précipice impressionnant juste dans une courbe suivie d'une pente prononcée.
Arrivé à cet endroit, le chauffeur panique et s'arrête net en disant à ceux qui
l'accompagnaient que la manoeuvre étant trop risquée, il ne va pas plus loin et
que sa journée est terminée à la grande consternation de l'équipe présente qui
pensait pouvoir installer ce poteau la journée même.
Monsieur le curé Pierre Connelly, VE2BLY, qui ne s'en laisse généralement pas
imposer, appelle Jean-Louis Tétrault et lui fait part de la situation.
Jean-Louis demande de parler à son chauffeur. On ne saura jamais ce qu'il lui a
dit mais notre homme rapplique en disant: OK les gars, je vais vous le monter
votre maudit poteau, mais à condition qu'il soit déchargé du camion. Je vais le
traîner jusqu'à l'endroit où vous le voulez. On décharge le poteau, on l'attache
avec une forte chaîne, et le chauffeur, fermant probablement les yeux, s'engage
dans la pente dangereuse à une vitesse à faire frémir Jacques Villeneuve
lui-même. Le camion ne s'est arrêté qu'une fois rendu au sommet à la grande
satisfaction des amateurs présents. On dit que le chauffeur, par la suite, ne
voulut plus jamais rien savoir des radio amateurs et que jamais plus il ne s'est
porté volontaire pour une telle expédition.
VE2TA est maintenant sous la responsabilité du Club Radio Amateur de l'Estrie
Inc., le club de radio de Sherbrooke qui a repris avec honneur la tâche de
maintenir en fonction en dépit des difficultés que ce défi représente, un des
répéteurs les plus importants du Québec.**
Pour terminer ce bref historique de VE2TA, quelques mots d'André Deslandes,
VE2AKX. C'est André qui avait installé le premier répéteur commercial sur le
mont Rougemont à l'endroit même où est localisé maintenant VE2RXW. Il avait
construit une bâtisse en blocs de béton et l'électricité était fournie par une
génératrice diesel. Même si l'accès à Rougemont ne représentait pas les mêmes
difficultés que sur le mont Orford, ce fut quand même un travail de titan que
d'y construire un abri et d'y installer des équipements de radio communication
et de télé-chasseurs. La première tour à Rougemont était une DMX-48 dont les
ancrages avaient été percées à même le roc.
VE2AKX a laissé à jamais sa marque sur le répéteur VE2TA. Grâce à son dévouement
inlassable, à sa disponibilité et surtout à sa bonne humeur communicative, il a
été un maillon important de la chaîne de radio amateurs dévoués qui a permis à
ce répéteur de traverser le temps. Il a laissé dans le cœur de ceux qui ont eu
la chance de le connaître, un souvenir impérissable. André, à cette
époque, était secondé dans ses efforts par un autre amateur très impliqué du
club de Granby, Jean-Guy Breton, VE2JB. Les efforts de Jean-Guy, bien que le
plus souvent dans l'ombre, n'en étaient pas moins essentiels durant toute cette
période.
SOURCE DE CET HISTORIQUE :
http://www.ve2aik.ca/50ans.html